Tous veilleurs

Crédits: 2015 par PhBraquier

Vous n’avez plus l’impression de chercher une aiguille dans une botte de foin. Les outils de recherche font désormais partie de votre quotidien. Entre les bibliothèques, le web et les médias sociaux, 80 à 90% de l’information utile est potentiellement accessible à tous.

Pourtant, ce n’est pas tant l’information elle-même qui de la valeur mais bien ce que nous allons en faire. C’est toute l’intelligence que nous pouvons, individuellement et collectivement, déployer, pour interpréter, transformer et diffuser les données qu’elle contient.

Pour l’entreprise, tel que décrit dans le guide du routard de l’IE, cette valeur peut prendre plusieurs facettes. L’Intelligence Economique intègre les dimensions de veille, de sécurité économique et d’influence. Elle permet de réduire les incertitudes, de protéger son savoir-faire et son patrimoine, d’augmenter sa capacité à s’adapter et à innover, de développer son écosystème et ses capacités d’influence sur le marché.

Pourtant, imaginons, quelques minutes, ces pratiques indispensables à l’entreprise, appliquées à l’individu. Pourquoi une personne aurait-elle intérêt à veiller d’elle-même à sa propre employabilité, à son agilité et à sa réputation ?

Tous veilleurs – Raison 1 : pour innover

Rester compétitif sur le marché suppose pour chacun d’entre nous de prendre en main quelques actions, qu’il s’agisse d’intégrer les évolutions propres à notre métier ou encore de prendre un tournant dans notre parcours professionnel. Pourquoi ne pas dresser un panorama de l’environnement dans lequel nous projetons de nous engager pour quelques mois, voire quelques années ?

Pour comprendre l’environnement complexe qui nous préoccupe, nous pouvons en parcourir toutes les dimensions : sociale, concurrentielle, économique, politique, technologique, environnementale et légale et dresser une cartographie rapide faisant ressortir de grandes tendances. Elle révélera si des ruptures s’opèrent sur les différentes dimensions et nous permettra de les anticiper.

Une belle occasion d’avoir une vision 360 du périmètre sur lequel nous œuvrons, d’enrichir nos connaissances et d’élargir notre point de vue.

Prenons l’exemple de l’environnement de la fonction RH, une fonction qui connait d’importantes mutations comme, la nécessité de recréer du lien entre l’entreprise et les salariés, l’adéquation des compétences avec les enjeux business, le management des talents, l’accompagnement des managers vers de nouvelles pratiques, la recherche de productivité sur ses propres processus RH, l’arrivée dans l’entreprise de nouveaux usages sociaux et technologiques, le développement du nomadisme, l’intégration des changements légaux permanents dans les systèmes d’informations et dans les pratiques.

Des défis de taille pour une fonction contrainte à la fois de transformer en profondeur sa propre organisation et d’accompagner les grandes transformations de l’entreprise !

Claire Bussac², la responsable Innovations et Technologies RH d’un grand groupe bancaire qui intervenait lors d’une conférence exposait la nécessité pour chaque membre de l’équipe RH de se prêter à l’exercice d’une phase exploratoire : «innover, c’est aussi aller voir ce qui se fait ailleurs, être capable de capter les nouvelles tendances.»

Anticiper les mutations et les tendances de son environnement devient ici un atout pour prioriser et cadencer des choix d’actions ; c’est l’opportunité de tester, d’expérimenter, c’est aussi partager avec ses pairs et créer de la valeur pour soi et pour son entreprise.

Tous veilleurs – Raison n°2 : Pour se protéger

En premier lieu, capitalisons sur nos forces. Une des 1eres actions consiste à savoir se présenter de manière impactante, à l’oral et comme à l’écrit et en toute circonstance. Rien de tel qu’un profil à jour sur des réseaux tels que Linkedin ou Viadeo. Et oui, ne laissons pas d’autres personnes s’en charger pour nous ! Laissons nos empreintes ! Nous sommes fiers d’une de nos réalisations, rendons-la visible en interne comme en externe, prenons le temps de développer des supports qui marqueront cette étape : une photo, une présentation, un article, une vidéo … les moyens ne manquent pas et prendre le temps de le faire, ce n’est pas seulement de l’ordre de l’auto satisfaction ou du personal branding, c’est remercier ceux qui ont participé à cette réalisation, c’est aussi conclure une action pour se préparer pour une autre.

Ensuite, concentrons-nous sur ce qui va nous faire grandir et participer au développement de nos compétences. Il s’agit ici de s’assurer que nous sommes suffisamment armés pour affronter les défis qui se dressent devant nous et augmenter notre agilité en toute circonstance. Dans cette phase, c’est être acteur dans le choix de ses formations.

Enfin se protéger, c’est aussi prendre soin de soi et veiller à se réaliser dans un équilibre global comme j’avais pu le décrire dans la publication Se réaliser dans un parfait équilibre vie pro/ perso3. La veille et la valorisation seront alors concentrées à ce stade sur nos passions et nos réalisations personnelles.

Si nous gardons l’exemple de notre DRH : il s’agit d’un métier ancré dans un terrain d’expertise qui doit intelligemment combiner excellence administrative et innovation, soit protéger ce qu’il sait bien faire et repenser l’organisation et les façons de travailler pour aujourd’hui, et pour demain. Ainsi, comme le suggère Gilles Verrier4, «la DRH se doit d’investir le terrain de l’anticipation stratégique.» Un DRH qui par ailleurs devra développer une bonne dose de confiance en soi pour affronter à la fois les turbulences que nous vivons et la conduite d’un projet stratégique ambitieux.

Tous veilleurs – Raison 3 : pour influencer

L’influence commence par le fait de soigner notre réseau existant puis de le développer, pas seulement en interne… et même plutôt en externe. Influencer suppose de maîtriser son sujet, d’être crédible et légitime, et cela encore plus quand l’objectif consiste à changer des perceptions ou des comportements. Influencer suppose une attitude irréprochable et le respect de règles éthiques. A l’heure des nouvelles technologies, l’influence prend tout son sens dans le partage et dans l’action. Nous mettrons donc en marche des actions progressives et régulières pour changer durablement une situation. C’est par exemple commercer par se rendre à des conférences clés, échanger, puis participer à des groupes de travail.

Coopérer, comme le décrivait Juliette Tournand5 dans son brillant exposé HRSpeaks, est une question de ligne de conduite et la combinaison de 4 forces : la bienveillance, la réciprocité, la clarté et la liberté d’innover. “Chacun peut initier, protéger et entretenir autour de soi l’écosystème qui coopère à sa réussite. Et, en recueillant ses fruits, les partager de façon à initier un nouveau tour, plus vaste, à ce cercle vertueux”. Bientôt, quand le moment sera propice, nous irons peut-être à votre tour monter sur scène et d’exposer avec conviction et compétences vos messages.

Evidemment, l’influence ne se décrète pas, elle s’acquiert avec temps, régularité et expérience, elle est concrète et démonstrative. Elle est responsable et vise à faire évoluer un bien commun dans un environnement.

Si nous gardons l’exemple de la fonction RH, l’influence pourra se traduire au travers d’une prise de parole sous la forme de témoignages lors de conférences, ou encore la participation à des groupes de travail proposés par des regroupements RH reconnus, par l’insertion de témoignages sous forme de vidéos, d’articles, d’ouvrages.

Maintenant que nous avons exploré les raisons qui nous poussent à investir sur notre propre employabilité, notre agilité et notre (e)réputation, reste désormais à regarder comment s’y prendre pour intégrer quelques techniques propres au métier d’intelligence économique.

Etape 1 : Le travail de fond. Il s’agit ici véritablement de développer une stratégie de connaissance.

Un veilleur talentueux et bienveillant avec qui j’ai travaillé 3 années parlait de “nourrir la bête”. Bon, j’avoue que la bête n’était pas une personne mais d’un puissant outil de veille et de e-réputation.

Voici quelques actions concrètes qui nous permettrons d’y parvenir:

Connaissance du marché et de son environnement

1) Faire le sceptel de notre environnement

2) Définir nos mots clés

3) Identifier les sources pertinentes par mot clé

Connaissance des positions d’expertise

1) Rédiger les mots clefs en lien avec notre périmètre d’expertise

2) Cartographier les risques, les trous dans la raquette

3) Identifier la programme de formation pertinent et demander à notre manager et / ou le service formation comment le suivre.

(Re)connaissance de vos relations professionnelles

1) Identifier les personnalités influentes sur nos territoires d’actions

2) Suivre ces personnes sur les médias sociaux, dans les conférences …

3) Ecouter, applaudir, partager, liker, commenter & interagir

Etape 2 : Le déploiement de techniques & d’un processus

1) Commencer par définir l’information que nous recherchons et le périmètre de la recherche, avant de partir en plongée sur le web. Voici le conseil concret que suggérerait un veilleur : «Qu’est-ce que je recherche ? Puis se demander à 5 reprises pourquoi je cherche cette information.»

2) Repérer, collecter et partir en phase exploratoire. En premier lieu, il s’agit de rassembler des données structurées en partant de nos sources, des publications …. Mon veilleur expert et bienveillant m’a dit, «quand tu fais une recherche, tu vas d’abord “ du connu vers l’inconnu, des données structurées aux données non structurées.» Rien de tel pour éviter de se perdre dans la richesse et le flux continu des informations disponibles.

3) Hiérarchiser les informations collectées

4) Analyser les contenus et présenter l’information

C’est dans cette étape que nous allons clairement poser notre point de vue grâce à l’analyse des contenus et les données collectées. Ce sera à ce stade avancé, une information transformée.

Etape 3 : Quand l’information devient un levier d’action.

Nous maîtrisons maintenant notre sujet. L’information maintenant transformée a pris de la valeur et elle en aura d’autant plus, si elle est transmise à la bonne personne et au bon moment. C’est là que nous allons nous appuyer sur un réseau pour la déployer. Soit le vôtre, si vous l’avez suffisamment développé avec persévérance et régularité, soit via celui de personnalités influentes. Ces personnes présentent la caractéristique de réunir 3 critères : confiance, crédibilité et puissance de diffusion. Et oui, la valeur d’une information même créée par vous-même n’a de sens que lorsqu’elle est partagée par le plus grand nombre.

Agilité, employabilité, réputation

L’Intelligence économique appliquée à l’individu, c’est tout un état d’esprit :

  • C’est s’ouvrir au monde extérieur.
  • C’est évoluer en toute conscience dans un environnement dans lequel tirer quelques opportunités d’actions.
  • C’est entrer dans une culture de l’anticipation et une approche plus stratégique de ses projets.
  • C’est se donner la capacité de changer les perceptions et les comportements, le nôtre et celui de l’environnement dans lequel nous nous inscrivons et l’entreprise dans laquelle nous sommes employé comprise.
  • C’est développer ses connaissances, ses compétences.
  • C’est agir sur son employabilité.
  • C’est une attitude et un code de conduite associé.
  • C’est aussi se rendre visible, en partageant, en échangeant et jouer un rôle de référent sur les sujets qui nous sont propres.

Les plus habiles deviennent même des disruptors, sujet que je vous propose de traiter, dans un prochain billet 😉

Alors, ce veilleur est-il déjà en vous ? And so what, qu’en faites-vous ?